Aux heures creuses, quand les bus passent rarement, des habitants du nord-ouest du Grand Paris pourraient appeler un véhicule sans conducteur sur l’application Bolt à partir de 2028. Bolt, Stellantis et la Métropole du Grand Paris préparent cette expérimentation dans cinq communes au maximum, et espèrent ouvrir un service commercial dans une trentaine de villes en 2030.

Avec ses 7,2 millions d’habitants, la Métropole du Grand Paris compte sur le Grand Paris Express pour mieux relier ses communes, mais certains trajets sont mal desservis, entre la gare et le domicile ou vers des pôles d’emploi. Stellantis fournira pour ce projet des véhicules capables de rouler sans conducteur dans une zone délimitée, et Bolt fera fonctionner le service avec sa filiale Bolt Autonomous Driving Solutions, sous la coordination de la Métropole. En France, aucun service commercial de robotaxi à la demande n’est autorisé à ce jour. Avant 2028, les deux entreprises devront décrocher leur place dans un programme de Bruxelles avec un logiciel de conduite chinois, puis obtenir en France une autorisation jamais accordée à un robotaxi commercial.
Bolt et Stellantis candidats à Bruxelles avec un logiciel chinois
La Commission européenne a lancé en juin le programme ADACities pour transformer quelques villes de l’Union en terrains de déploiement de la conduite autonome, avec des flottes d’au moins 100 véhicules par ville d’ici 2030. Le Grand Paris est candidat, mais Bruxelles pose une condition. Les partenariats soutenus doivent être centrés sur l’Union, avec des constructeurs et des technologies européens en première ligne, sans exclure des partenaires étrangers.
Bolt est estonien et Stellantis franco-italien. Markus Villig, fondateur et P.-D.G de Bolt, voit dans le projet « une nouvelle étape concrète vers la mise en place d’un service commercial de mobilité autonome conçu pour l’Europe ». Les véhicules rouleraient en revanche avec un logiciel chinois. Les trois partenaires ont désigné l’entreprise chinoise Pony.ai fournisseur potentiel de la technologie de conduite, sur la plateforme de calcul Hyperion et le système de sécurité Halos de l’américain NVIDIA.
À Zagreb, la start-up croate Verne a ouvert en avril le premier service commercial de robotaxi de l’Union européenne, avec des véhicules équipés par Pony.ai. Bolt et Stellantis connaissent bien l’entreprise, puisqu’ils testent avec elle depuis juin des robotaxis au Luxembourg, six mois après l’annonce de leur alliance dans les taxis autonomes. Bolt n’a pas choisi Pony.ai pour tous ses projets. Pour ses futurs robotaxis Lucid, l’entreprise a retenu cette semaine le logiciel Alpamayo de NVIDIA, avec un premier programme dans les rues de Madrid en 2027.
Des trajets vers les transports en commun, encore suspendus aux autorisations
Les trois partenaires n’ont pas nommé les cinq communes du nord-ouest concernées par la première phase, et les itinéraires seront choisis avec elles et les autorités compétentes. Le patron de Bolt promet un service partagé, « qu’il s’agisse de faciliter l’accès aux transports en commun ou de desservir des trajets qui restent aujourd’hui difficiles à effectuer ». La Métropole cite aussi les déplacements aux heures creuses et la desserte des grands événements. Chez Stellantis, Ned Curic, directeur de l’ingénierie et de la technologie, souhaite une mobilité sans conducteur « qui complète les transports en commun et rende les déplacements quotidiens plus simples et plus accessibles ». Si vous habitez l’une de ces communes, vous pourriez donc réserver un trajet jusqu’à votre gare ou votre lieu de travail sur la plateforme de Bolt.
Les partenaires conditionnent toutefois le service commercial de 2030 à l’obtention des autorisations nécessaires. En France, un projet de navettes publiques sans conducteur est en cours à Châteauroux, alors qu’aucun texte n’encadre encore un service de robotaxi commercial à la demande. Pendant la première phase, la Métropole supervisera l’évaluation de la sécurité du service et de son accueil par les usagers, et le déploiement initial sera soumis à une évaluation indépendante avant toute extension. « Le progrès technologique n’a de sens que lorsqu’il apporte des bénéfices concrets à nos concitoyens », a prévenu Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris.